Un simple accident
Atelier écriture du 02/02/2026 - 45mn - Thème: "Maudit accident de voiture ! Ce soir-là il songea que rien ne pourrait lui arriver de pire. Il avait tort."
« Et ce chauffard ne s’est même pas arrêté. Assassin ! » La voilà belle ma Dyna Panhard. Je venais de la faire réviser. Sa carrosserie noire faisait le meilleur effet. Mais maintenant me voilà dans le fossé. La nuit est noire et sur cette route au milieu des bois j’ai le sentiment que personne ne va s’aventurer d’ici demain. Heureusement nous ne sommes plus au temps des bandits de grands chemins qui détroussaient et faisaient disparaître les voyageurs dans les bois. A cette pensée, je me détendis et au nom des valeurs de solidarité, d’entr’aide et de fraternité de notre époque bénie, je partais, presque gaiement, quérir de l’aide.
Après environ une heure de marche j’arrivais dans un petit hameau, lieu-dit « La Guigne », lu sur le panneau indicateur criblé de trous de chevrotine. J’ai toujours eu une grande attirance pour ces petits villages paisibles et sans histoires, sortes d’Eden contemporain de l’hospitalité. Je toquais à une première maison un peu délabrée où l’une des pièces était faiblement éclairée. Aussitôt les chiens se mirent à hurler. Dès l’ouverture de la porte je me trouvais nez à nez avec le canon d’un fusil de chasse tenu par un colosse, pantalon de treillis et chemise à carreaux de bucherons. Je bredouillais quelques mots mais en guise d’écoute, il m’invita à « aller me faire foutre ailleurs ». J’eus le sentiment qu’il n’était pas nécessaire d’insister et je le remerciais de ne pas avoir appuyé sur la gâchette. La porte claqua sur mon nez et les chiens redoublèrent leurs hurlements.
Il y a toujours des mauvais coucheurs partout me dis-je et, nullement découragé, j’allais frapper à la porte de la prochaine fermette. Celle-là semblait joliment tenue, avec un petit jardin partagé, à ce que je pouvais en juger dans l’obscurité, entre un parterre de fleurs et un coin potager. Des rideaux en dentelle ornaient chaque fenêtre à petits carreaux. Je faisais tinter la petite cloche qui émit un son cristallin. La porte s’ouvrit et une femme à l’allure sévère, me toisa de la tête aux pieds. Sans trop m’écouter, elle me dit « Je vois que vous êtes perdu. Êtes-vous croyant ? ». Surpris par la question, je répondis « je crois ». « Alors venez, nous allons prier pour votre voiture mais avant, il faut vous laver de tous vos péchés ». Je lui répondais, hésitant, que je doutais que ça puisse remettre ma voiture sur la route. Elle faillit s’étrangler de colère et commença à me traiter de tous les noms en prenant à témoin le crucifix accroché au mur. Je repartais sous ses invectives et la liste de toutes les atrocités que le ciel me ferait subir.
Lors de l’approche de la maison voisine, je me forçais, difficilement, à ne pas sombrer dans le pessimisme et le découragement. La petite lueur d’espoir vacillait en moi mais après quelques pas, je me raisonnais et me persuadais que notre époque était vraiment formidable.
La dernière tentative fut la bonne, enfin je crois. Cette fois pas besoin de frapper à la porte. Elle était ouverte et une musique planante arrivait à mes oreilles. Des bougies étaient allumées partout et une odeur d’encens flottait déjà en arrivant dans la courette. A peine arrivé sur le seuil, une jeune femme, portant dans les cheveux un turban bleu turquoise assorti à ses yeux, et de grandes boucles d’oreilles mettant en relief sa beauté, me prit les mains, me para d’un collier de fleurs blanches autour du cou et me fit entrer. Aux autres personnes aperçues au milieu de volutes de fumées odorantes, vraiment détendues et étendues sur des canapés recouverts d’étoffes colorées et brillantes, elle dit : « Je vous l’avais annoncé. Il est là. » Aussitôt, tous s’agenouillèrent devant moi et en signe d’adoration, me firent comprendre que je pouvais disposer de tout ici, en insistant sur le tout.
Quand je suis revenu à l’état conscient, sans savoir combien de temps s’était écoulé, j’étais en train d’attendre à un arrêt de car au bord d’une route de campagne, me demandant quand même un peu ce que je faisais là et ayant oublié jusqu’à l’existence de la Dyna Panhard.
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